AFRICA NOW ! Hommage à Annie Kadji, la Panafricaniste Bana de West Palm Beach…

Posted on Mai 22, 2015 @ 12:45

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Témoignage sur la vie, la mort et l’œuvre d’une discrète et humble panafricaniste de l’art qui a trop tôt quitté la scène.

sobothPar Jean-Marc Soboth

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Il y a quelques jours dans une petite épicerie de la ville de Lévis dans la banlieue de Québec-City, je sympathisais avec un frère Haïtien. Entre quelques amabilités fraternelles, il fredonna une chanson populaire kreyol dont le thème évoque leur filiation africaine. Ces fils d’Afrique y plaignent le terroir ancestral qui a fait des rejetons et les a abandonnés à tous les prédateurs de la planète.

Telle est l’idée que se font d’innombrables descendants des captifs africains de la Traite négrière à qui les ancêtres enseignèrent que leur vrai lignage est en Afrique. Et, surtout, qu’ils retourneraient un jour au bercail.

Depuis quelques siècles, ces fils n’ont rien vu venir d’Afrique alors même que, de génération en génération, ils se préparèrent symboliquement à la rencontre de la terre des aïeuls. Beaucoup continuèrent d’en porter deuil et nostalgie dans un univers où incompréhensions et impérities dues à l’éducation machiavélique des puissances esclavagistes insufflèrent autant de rancoeurs…

Il y a si longtemps qu’Annie Kadji porte cette pédagogie. Malgré sa voix calme, elle ne pouvait cacher sa hargne d’éducatrice au panafricanisme de Marcus M. Garveyet à la «reconnexion», ayant compris avant tous que l’Afrique ne se fera jamais si elle ne panse ces plaies multiséculaires, si elle ne s’unit et n’apaise toutes ces âmes en peine au firmament des siècles.

Elle en savait presque trop.

Elle se voulut, ainsi, l’aréopage de nombreux frères et soeurs dont l’ADN révéla une origine ethnique en Afrique équatoriale. Non pas comme ces leaders d’opinion multipliant les apparitions à la télé pour en répandre un catéchisme asphyxiant, ni comme gourou d’autant conscient de quelque destin historique qu’elle eût essayé de manipuler un club d’ouailles. Mais simplement comme une sœur…

Sa pondération, son immense culture «africaine» et son humilité faisaient oublier que cette fille d’un notaire de Douala au Cameroun était, avant tout, une brillante diplômée d’économie de l’Université de Paris X Nanterre.

Elle menait ses combats à terme. Avec l’opiniâtreté des femmes dont la conviction n’est pas motivée par les ruses du ventre.

Enthousiasme.

Elle comprit très tôt que l’enthousiasme politicien affiché à Yaoundé autour de ces frères et sœurs d’outre-mer s’était vite estompé. Par manque de conviction. Or, elle le savait, le retour aux sources est une question de vie ou de mort pour la plupart, et aussi, indubitablement, pour le terroir ancestral, tant il est vrai que les maillions manquant dans la chaîne généalogique sont source de malédictions…

Elle décida de prendre le relais. Comme elle pouvait.

Elle accompagna jusqu’au bout de ses ambitions la politologue de l’Université d’État de l’Arizona, Lisa-Marie Aubrey, découvreuse du site esclavagiste de Bimbia, aux larges des côtes camerounaises, postulant au patrimoine mondial de l’Unesco.

Élevée à la vraie histoire de l’Afrique, celle issue d’une Égypte pharaonique glorieuse, elle diversifiait les fronts, n’hésitant jamais à repartir à l’assaut.

Quelques temps avant son décès à Neuilly-sur-Seine le 15 mai 2015, elle avait un nouveau cheval de bataille. Le dernier.

Elle entreprit, avec d’autres Africaines, d’élaborer une pétition destinée à l’Union Africaine. Objectif? Pousser l’organisation panafricaine à réagir, à l’instar des organisations multinationales juives, pour manifester sa préoccupation chaque fois qu’un Africain et tout autre descendant d’Afrique est tué ou maltraité par racisme à travers le Monde. C’est le prix à payer, arguait-elle, pour le respect de l’Afrique et de ses fils.

Les Etats-Unis d’Amérique en sont, aujourd’hui, le paradigme le plus patent.

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Annie mobilisait une délégation devant se rendre à Addis-Abeba en Éthiopie pour en parler de vive voix avec les responsables de la Commission de l’Union Africaine.

Le projet était sur les rails. Il le restera peut-être.

Néanmoins Annie était avant tout une artiste. C’était sa raison d’être. Elle était convaincue que c’était un moyen d’éducation efficace au panafricanisme. Elle avait découvert chez un Pablo Picasso ou un Henri Matisse une inspiration africaine au cubisme ou au fauvisme.

Aux Etats-Unis, Annie a pu poursuivre un projet commencé au Bonapriso Center of Arts (BCA) à Douala au Cameroun, ce pays qui «n’a ni musée, ni école, ni galerie d’arts, mais de nombreux talents.»

Mission accomplie.

Elle crée le «Village des arts» à Bradenton en Floride en 2005 pour faire connaître l’art africain. En 2008, elle déménage à la ville de Jupiter, une des banlieues septentrionales de Miami. Elle ouvre une nouvelle galerie à West Palm Beach où elle est introduite à la communauté par Diane McKinney, une sœur célèbre. Le nom de son hall dévoile toute sa personnalité tel un cri: «Africa now!» (l’Afrique maintenant!).

C’est en définitive à travers l’art qu’il fallait décrypter Annie, resplendissante épouse de Gilbert Kadji, «fils-exécutif» de Joseph Kadji Defosso, fondateur de Kadji Group dont la filiale, UCB (Union Camerounaise des Brasseries), contribua à la création du centre de formation de football Kadji Sports Academy (KSA) qui vit passer, dans la banlieue de Douala, des stars comme Samuel Eto’o, Stéphane Mbia ou Nicolas N’koulou…

Au moment où – âgée de seulement 56 ans -, elle retourne à la terre de ses ancêtres à Bana dans l’Ouest Bamiléké, Annie a accompli sa mission. Du moins nous en laisse-t-elle le message le plus ardent. Qui lui en sera reconnaissant?

Elle a eu quatre garçons : l’aîné Kenny, 27 ans, est issu de la NBA Development League et joue au Trikala Aries B.C. en première division grecque; Olliver est ingénieur; Sten est Senior à l’Université de Miami; Japhet est avant-centre au Wagner College Seahwaks, une équipe universitaire…

La politologue américaine Lisa Aubrey lui rend cet hommage mérité: «Ma vie et mon monde sont meilleurs grâce à toi. Le monde est meilleur grâce à toi. L’Afrique globale est plus connectée et plus forte grâce à toi.»

Tant d’idées et projets en berne…

Merci pour tout Madame Kadji!

Jean-Marc Soboth, journaliste

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Posted in: Actualité