MISCELLANÉES. Dans les méandres de mes voyages en Occident: la France (partie 2)

Posted on Jan 27, 2015 @ 9:47

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alexPar Alexandre Sivov

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1848Je me rendais à Moscou assez souvent. La dernière fois, c’était il y a deux mois. Comme d’habitude, j’ai rencontré avec une grande dame, Valentina Goïdenko, experte russe de l’Ukraine. Pendant une quinzaine d’années, elle a travaillé comme experte en chef en relation avec l’Ukraine à la Douma russe (Parlement), pour conseiller les députés. Maintenant, elle joue le même rôle au sein d’un think tank russe. Je lui envoie toujours les liens de mes articles, quelques heures après leurs apparitions sur Internet. Elle m’a dit, cette fois-ci, pendant notre rencontre, répondant à ma question, ceci:

A propos de la Russie

Valentina Goïdenko: J’ai l’impression que la cause principale de la retenue de la Russie à l’encontre de Novorossia, c’est la crainte de la nationalisation des biens des oligarques. Leurs collègues russes craignent que ce processus puisse contaminer la Russie depuis le Donbass. C’est mon sentiment, bien que cela ne figure jamais dans les grands médias russes. Qu’en pensez-vous ?

AS: Vous avez tout à fait raison !  Plus encore, les insurgés croient qu’ils se battent pour  la restauration de l’ex URSS. Quant à moi, je crois que les peurs de vos oligarques sont fondées.

Les médias russes font tout leur possible pour masquer cette tournure de la révolution du Donbass en lutte d’extrême gauche, qui a muté en lutte de classes. Les médias russes montrent l’atrocité ukrainienne, la catastrophe humanitaire, les popes orthodoxes bénissant les rebelles, et parlent de la solidarité prorusse. Thèmes, vidéos et photos tabous : les drapeaux rouges et les symboles de l’ex URSS. Ainsi que toutes les discussions sur le sujet. On peut voir cela, à profusion, rien que sur Internet.

Quel est le plus grand défaut du célèbre commandants des rebelles de Gorlovka,  Igor Bezler ? Pourquoi le Kremlin l’a forcé à démissionner et à quitter le Donbass sous la menace de couper net la logistique de sa brigade, probablement la plus efficace de toutes les forces armées rebelles ? Dans sa section, les prisonniers de guerre ukrainiens étaient forcés de chanter chaque jour dans l’hymne de l’ex URSS.

A propos de la France et du…Donbass

Malgré les progrès techniques, depuis les siècles, notre monde n’a pas changé.

En France, au XIX siècle, la propagande gouvernementale passait par les journaux, et celle des rebelles, par des tracts. Maintenant c’est la télévision, d’une côté, et de l’autre, Internet.

Au XIX siècle toujours, les barricades à Paris étaient construites à l’aide de pierre. Maintenant, au Donbass, les blocs de béton ont remplacé les pierres.

En France, le pouvoir attaquait ces barricades à l’aide de canons, les insurgés ripostaient avec des fusils. Aujourd’hui, dans le Donbass, Kiev attaque avec des chars et la riposte se fait avec des roquettes antichars.

Sur les barricades de Paris, il y avait plein d’étrangers. Aujourd’hui, c’est le même effet dans le Donbass.

A Paris, le prolétariat se battait contre l’oligarchie. Aujourd’hui, la plupart des insurgés du Donbass sont des mineurs et des ouvriers. Petro Porochenko n’est que l’incarnation contemporaine d’Eugène Cavaignac ou d’Adolphe Thiers.

Tous les lecteurs français rappellent comment la révolution de 1848 s’est propagé dans toute l’Europe comme traîné du poudre. De même qu’en 1917 ? La révolution du Donbass peut-elle se propager en Europe de l’Ouest, c’est à dire en France aussi ? Je sais, à multiples reprises, j’ai entendu des bla bla du côté des Français : «Nous, Français, prospérons maintenant sous une démocratie libérale avancée, nous ne sommes pas comme ces fous-à-lier du Donbass. Pour nous, les révolutions sont finies».

Mais notre monde n’a pas changé. L’espèce humaine n’a pas changé de même que la lutte des classes. La «Fin de l’histoire» de Fukuyama n’est que chimère.

Alexandre Sivov

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