PRINTEMPS RUSSE. Ukraine: vers une internationalisation du conflit du Donbass

Posted on Juin 5, 2014 @ 21:46

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alexTraduction d’Alexandre Sivov

Le service de «Radio Liberté», une radio biélorusse, a publié l’interview d’un membre du parti « L’Autre Russie », Igor Shchuka. Ce dernier est le chef d’un groupe de rebelles de la région de Kramatorsk, en Ukraine. Il est citoyen de Bélorussie, originaire de la ville de Soligorsk. Il est âgé de 27 ans. Au cours des dernières années, il a vécu en Russie et a participé à des actions dissidentes en compagnie d’autres camarades du chef de son parti, le franco-russe Edouard Limonov. Il a ensuite été emprisonné en Russie. Il est à son troisième mois de participation activement au Printemps russe en Ukraine,  avec sa femme Anna. Ils vivent maintenant dans la bourgade de Belenikoe, située entre Slaviank et Kramatorsk. Igor a déclaré qu’il fut l’un des premiers à se rendre en Crimée.

donbassVoici son interview-témoignage:

Igor Shchuka. Nous sommes allés à Simferopol (capitale de la Crimée), et on a aidé nos amis, des  « gens polis » (paramilitaires armés qui ont délogé l’armée ukrainienne en la forçant de prêter serment d’allégéance à la Crimée. -A.S.). Puis, nous sommes allés à Donetsk et avons participé à la prise de l’administration régionale et du siège de la SBU (le service sécret d’Ukraine). Une fois que le gouvernement s’est formé en Crimée, nous nous sommes déplacés à Kramatorsk. Maintenant, ici, nous aidons comme nous le pouvons.

Radio Liberté. De quelle façon ?

Igor Shchuka. De toutes les façons. Tout d’abord, sur le plan de l’information: nous imprimons notre journal. Et de bien d’autres manières, nous participons à des actions pas toujours faciles. Ici, à Slaviansk, c’est le point le plus chaud voire stratégique puisque toutes les routes passent à travers cette ville. Si nous perdons Slaviansk,  tout sera perdu.

Radio LibertéD’où viennent les volontaires ?

Igor Shchuka. De Moscou, de la région de Rostov, de Barnaul, et de la Russie toute entière. Je suis venu le premier. Puis, des volontaires sont arrivés de façon plus centralisée. Maintenant, de dizaines de personnes tentent de franchir la frontière, mais, pendant deux semaines, ils n’ont pas réussi.

Radio LibertéPourquoi êtes-vous parti d’ici ?

Igor Shchuka. Je me considère comme Russe et, dans n’importe quelle situation et dans n’importe quel pays, je suis prêt à soutenir la population russe. Si une telle situation commence en Lettonie, je vais aller en Lettonie. Si c’est en Transnistrie, j’irai aussi. Je suis prêt à aider les Russes.

Radio LibertéEt qui sont ces « gens polis » ? Comment perçoivent-ils votre aide ? 

Igor Shchuka. Les gens polis sont des paramilitaires en provenance de Russie. Ils se sont présentés au Donbass, y compris ceux qui se sont déplacés ici, depuis la Crimée. Nous avons protégé la commission électorale lors du référendum, pour contrer les provocations possibles.

Radio Liberté. La police et les services secrets biélorusses savent que vous êtes là-bas ?

Igor Shchuka. Je crois que oui, mais ils n’ont aucun contact avec moi. Après que Loukachenko ait reconnu les élections présidentielles en Ukraine, il n’y a pas d’espoir pour moi en Biélorussie.

Radio Liberté. Mais êtes-vous un citoyen biélorusse ?

Igor Shchuka. Oui mais, je vais demander à être déchu de ma nationalié.

Radio Liberté. Est-ce qu’il y a des Biélorusses avec vous ?

Igor Shchuka. Je suis le seul Biélorusse, ici. Parmi toute la milice, je n’ai pas rencontré un autre.

Radio LibertéCombien de personnes participent aux les actions actives ?

Igor Shchuka. Il y a des groupes armés sur place, par exemple, à Kramatorsk, entre 200 et 300 personnes. Mais il y a aussi les groupes mobiles, qui commettent des attaques ciblées contre les barrages routiers ukrainiens. Mais, il y a beaucoup des troupes qui attendent le moment des assauts adversaires. S’il ont lieu alors, par surprise, beaucoup de personnes armées vont surgir tout d’un coup.

Radio Liberté. Et d’où sortent ces armes ?

Igor Shchuka. La moitié a été saisie aux forces ukrainiennes, en incluant les équipements techniques. Maintenant, nous venons d’avoir l’information selon laquelle, un Etat ami nous transféré une grand nombre d’équipements, dont des missiles sol-air, sans oublier des équipements techniques.

Radio Liberté. Ces unités de choc sont constituées de soldats professionnels ?

Igor Shchuka. Oui. Bien que ce soit le régime de caserne. N’importe qui peut s’engager à condition de servir l’armée et de savoir tirer. Les conditions : trois heures de service par jour puis, six heures libres. Mais la plus grande partie d’eux viennent de Russie.

Radio Liberté. Et comment sont-ils apparus en Ukraine ?

Igor Shchuka. Beaucoup d’entre-eux étaient en Crimée. Et ensuite ils sont partis plus loin. Par exemple, une unité avec laquelle j’étais en contact très étroit, est dirigé par un homme de Riazan, ce sont eux les « gens polis ». Les autres ont passé tranquillement la frontière. La principale donnée pour venir est de ne pas prendre des armes ou des vêtement de camouflage. Ici, il y a l’essentiel.

Radio Liberté. Avez-vous pris les armes personnellement ?

Igor Shchuka. Il fallait. Lorsque nos ennemis ont réussi à se rendre jusqu’au centre deKramatorsk avec des blindés, il fallait faire, sur le toits de la Mairie, des cocktails Molotov pour les contrer. Et nous avons ainsi mis le feu aux blindés à chaque carrefour où ils se trouvaient. 

Radio Liberté. Comment vous décrivez ce qui se passe dans l’Est de l’Ukraine ?

Igor Shchuka. C’est la guerre. Une guerre civile. Les citoyens Russes sont venus ici pour soutenir les Russes. D’ailleurs ici, tous se considèrent comme des Russes.

Radio Liberté. Et quel est le but ultime de ces actions ?

Igor Shchuka. La formation de la République indépendante Novorossia (Nouvelle Russie – nom historique de la zone Sud-Est de la Russie – A. S.). 

Radio Liberté. Vous avez parlé de la Lettonie et de la Transnistrie et que vous êtes prêt d’y aller. Voyez-vous la reproduction des événements ukrainiens là-bas ?

Igor Shchuka. Je crois que les mêmes évènements auront lieu là-bas dans des délais très proches. Je pense que ce sera la même chose qu’en Ukraine.

Radio Liberté. Quel est le comportement des autorités russes auprès des groupes comme le votre en Ukraine ?

Igor Shchuka. La Russie tire certainement profit de l’activité de ces personnes. J’ai l’impression que la Russie aide à armer les milices. Ici, il y a beaucoup de marques d’armes que l’armée ukrainienne ne dispose pas du tout. La Russie aide mais, elle ne peut pas faire entrer ses troupes.

Radio Liberté. Et à quel moment elle sera prête à faire entrer ses troupes ?

Igor Shchuka. Si l’armée ukrainienne commence à tirer avec des « Grad » (type Katioucha, les roquettes de gros calibre et plutôt médiocre dnans la précision des tirs – A. S.). Les rumeurs courent que la Russie a promis de faire ça en 48 heures, si cette utilisation a lieu. Après les tirs de Grad,  la moitié de la ville de  Kramatorsk va disparaître. 

Radio LibertéQue pensez-vous sur la position des autorités biélorusses ?

Igor Shchuka. Loukachenko m’a déçu une fois de plus. Je crois qu’il se devait de nous soutenir, nous, les prorusses. D’autant plus que la Bélarussie regorge d’équipements et d’armes non utilisables. On pourrait les transférer ici.

A.S.

Source: svaboda.org

 

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