Les chroniques iraniennes et/ou perses de Jafar : différences entre arabes et perses.

Posted on Nov 2, 2012 @ 0:00

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Il était temps d’y venir… En effet, comme chacun le sait, de par sa nature l’occidental mélange toujours tout. Dites à 15 personnes prises au hasard dans la rue que les iraniens sont arabes, dans le meilleur des cas 13 approuveront ! La dernière fois que j’ai réalisé cette expérience autour de moi, j’ai dut clairement me résoudre à accepter cette évidence. Cette chronique servira donc, en quelque sorte, de post-it rappelant les différences entre ces deux civilisations.

Avant toute chose, le but ici n’est pas de dénigrer la civilisation arabe, mais de rétablir des pures vérités historiques. Les perses ne sont pas arabes : point. Rendons à chaque civilisation ses lettres de noblesse.

Trop souvent confondues, ces deux civilisations ont, définitivement depuis l’an 651 après Jésus-Christ, une religion commune : l’Islam. L’an 651 marque la fin de la conquête musulmane de la Perse, entamée 13 ans plus tôt et conclue par l’assassinat du dernier empereur Perse sassanide : Yazdgard III. L’héroïsme persan en 634 lors de la bataille du Pont n’aura pas suffit à empêcher l’invasion arabe… 3 ans plus tard l’ouest de l’empire est envahi, le plateau iranien est conquis vers 642 et la conquête achevée, comme dit plus tôt, en 651 suite à la chute du dernier bastion sassanide, situé quelque part entre le nord-est de l’Iran et le sud-ouest de l’Afghanistan. Que deviendra alors la brillante civilisation perse ? Sombrera-elle et perdra-elle toute sa culture ? On pourrait le croire, l’empire étant désormais déchu, mais en réalité il n’en est rien.

Les autorités du califat réaliseront très vite que la chute de l’empire Perse fut un véritable coup de maître. En effet, c’est désormais une véritable puissance dans tous les domaines qui se voit annexée au monde musulman. Puissance militaire, intellectuelle, culturelle et scientifique. Il est désormais temps de parler des principaux domaines de prédilection de la « civilisation arabe » et des éléments ayant rendus célèbres le « monde arabe ».

Dans le domaine scientifique : Al-Khawarizmi (783-850 environ), célèbre mathématicien inventeur de l’algèbre moderne et grand astronome, Abu Wafa (940-998), mathématicien inventeur de la trigonométrie et astronome, Hamid Al-Khujandi (940-1000), grand astronome et créateur de l’observatoire de Ragâ (région de Téhéran), Avicenne (980-1037), mathématicien et spécialiste de la médecine célèbre dans toute l’Europe, Omar Khayyam (1048-1131), grand mathématicien, astronome et philosophe, tous furent persans. D’autres célèbres scientifiques furent également persans, mais mieux vaut se contenter de citer les principaux, ceux étant le plus célèbres aujourd’hui et souvent pris, à tort car musulmans, pour des scientifiques arabes. D’autant que, le monde Perse n’enrichira pas le patrimoine mondial uniquement dans le domaine de la science : vous n’avez jamais eu l’esprit scientifique et avez préféré vous tourner vers une section littéraire dans votre jeunesse ? Sont fait pour vous…

Dans le domaine littéraire : Jafar Rudaki (859-941 environ), véritable fondateur du persan moderne, Mansour Firdowsî (940-1020), grand poète et historien ayant travaillé à la réhabilitation du passé de l’empire Perse et ayant participé à la résurrection du persan dans la littérature (la plupart des auteurs persans le précédant et de son temps préférant rédiger leurs poèmes et ouvrages en arabe, langue de l’envahisseur), Saadi (1184-1283), grand poète persan, et bien évidemment, un des plus célèbres poètes mystiques au monde, souvent pris pour un seldjoukide car décédé sur l’actuel territoire turc : Rûmi (1207-1273), le plus célèbre poète persan cela ne fait aucun doute !

Mais, bien évidemment, si je vous dis « élément de la culture littéraire perse souvent prit pour un élément de la culture arabe », vous ne penserez probablement pas automatiquement aux célèbres auteurs cités plus haut. Vous penserez en priorité non pas à un auteur, mais à un ouvrage, recueil célèbre à travers le monde, ayant traversé les frontières pour atteindre aussi bien l’Europe que la Chine, recueil bel et bien né dans la Perse musulmane et non pas en Arabie, recueil incluant des célèbres contes tels « Mohammed les os mous », « le pêcheur et le démon », « Ali Kogia », « Alaedin ou la lampe magique » (et non comme à l’occidentale,  Aladdin, s’il vous plait !!), « Sinbad le marin », « Ali Babab et les 40 voleurs »… Les contes des 1001 nuits évidemment ! Ces contes suivant comme histoire-cadre les 1001 nuits au cours desquelles la fille du grand vizir et épouse du sultan Shéhérazade conta un conte par soir à son époux, sans jamais indiquer la fin pour forcer le sultan  à attendre perpétuellement une suite aux histoires. Les contes des 1001 nuits étant composés de nombreux manuscrits, dont certains furent découverts après les autres, il est impossible de les situer précisément chronologiquement.

Dans le domaine politique, le pouvoir, au sein de l’empire musulman (dynasties des Omeyyades et des Abbassides), fait largement ignoré, dans 9 cas sur 10 le grand vizir du calife était toujours Perse : les vizirs Perses avaient l’avantage d’être toujours très instruit et de posséder une grande science religieuse, ce qui en faisait des alliés précieux jusqu’à l’abolition du vizirat. Ce fut d’ailleurs les Perses qui a eux seuls s’élevèrent contre la cruelle et sanguinaire dynastie Omeyyade, corrompue jusqu’à la moelle et meurtrière d’Hussein, pour mettre sur le trône les Abbassides. Une seule province put renverser l’élite de tout un empire… Sous la dynastie Abbasside, les plus célèbres califes tels Al-Mansour et Haroun Al-Rachid n’avaient pas dérogés à la règle de nommer un grand vizir Perse. Même avant de retrouver une indépendance la province Perse de l’empire était le poumon du califat, de part sa puissance militaire et économique. Haroun Al-Rachid disait à propos des Perses : « Les Perses ont régnés pendant plus de 1000 ans et n’ont pas besoin de nous les arabes. Nous avons essayés de les dominer pendant un ou deux siècles mais nous ne pouvons nous passer d’eux une heure. »

Concluons par le domaine religieux : Du côté de l’Islam chiite, le troisième Imam et petit-fils du Prophète, Hussein, a épousé une princesse persane suite à la conquête de l’empire Perse. Elle lui donna un fils, l’Imam As-Sajjad, quatrième Imam duodécimain. Ainsi, les Saints Imams chiites ont tous plus où moins du sang perse dans les veines… Rappelons juste que le sixième Imam chiite, l’Imam As-Sadîq (au passage, également très respecté dans le sunnisme, étant le professeur de religion d’Abu Hanifa et de Malik ibn Anas) fut aussi un des plus grands chimistes et mathématiciens de son temps. En dehors des Saints Imams, deux autres célèbres théologiens chiites étaient perses : Al-Kulayni (864-941) et Sheikh Al-Tusi (996-1067).

Du côté de l’Islam sunnite, nous citerons quatre Sheikh sunnites perses. Peut-être que ces noms vous diront quelque chose… Sheikh Muhammad Al-Boukhari (810-860), né comme son nom l’indique dans la ville Perse de Boukhara, auteur du « Sahih al Boukhari », livre de référence pour tout musulman, contenant plus de 7000 hadiths authentiques du Prophète Muhammad. Celui qui fut sans contestation possible le Sheikh ayant le plus apporté par son travail rigoureux à la communauté musulmane en permettant la récupération de plusieurs milliers de hadiths authentiques était bel et bien un persan ! Et qu’en est-il du deuxième Sheikh sunnite que je compte vous citer ? Il s’agit ni plus ni moins du deuxième Sheikh le plus respecté de l’Islam sunnite : Muslim  (821-875) ! Né à Nichapur, l’auteur du livre « Al-Muslim » était bel et bien un persan. Son ouvrage est toujours à l’heure d’aujourd’hui, derrière celui de Boukhari, le deuxième plus grand et plus sur recueil de hadiths authentiques du Prophète Muhammad. Tout musulman (ou non-musulman) ayant eu l’occasion de lire des livres contenant des hadiths à l’habitude, si les sources du livres sont correctes, à la fin d’un hadith « hadith authentique rapporté par Boukhari et Muslim », cette phrase à elle seule étant signe que le hadith en question est certifié et n’a aucun risque d’être erroné, tellement sa source de transmission est sûre. Le troisième Sheikh que nous citerons est Ibn Majah (824-887), il fut l’auteur du troisième plus grand recueil de hadiths. Le dernier des quatre illustres Sheikh persan se nomme Abu Dawud (parfois épelé Daoud en occident) (817-888), avec son ouvrage « Sunan Abu Dawud » collectant un peu moins de 5000 hadiths authentiques, il est ni plus ni moins le quatrième plus illustre Sheikh sunnite.

Tout ceci est suffisant pour affirmer que si l’Islam est né et a évolué en Arabie, c’est bel et bien grâce aux érudits persans (qu’Allah soit satisfait d’eux) que la religion musulmane put se développer et éviter de tomber dans des déviances grâce au travail de collecte des hadiths et aux cours de religion enseignés par tous ces célèbres religieux, qu’ils soient sunnites ou chiites. Dans les deux cas, ces deux courants doivent la survie de leur pratique authentique grâce aux persans, l’Islam est donc, contrairement à ce qu’affirment certaines mauvaises langues islamophobes tentant de remmener l’empire Perse perpétuellement à ses racines zoroastriennes, une religion authentiquement Perse ! Loin de moi l’idée, en tant que pur persophile, de renier les racines zoroastriennes de l’empire perse. Au contraire, l’Iran peut être fier de son riche et plusieurs fois millénaire héritage, mais l’Islam est une religion à part entière persane de part l’apport des Sheikh persans sunnites et chiites, que cela ne plaise où non.

Cette chronique touche à sa fin… Quelqu’un serait chaud pour commencer ce vendredi par une partie d’échecs ? Ce jeu, également souvent considéré comme une invention arabe a en réalité vu le jour en Inde. Mais la version indienne était différente au niveau des règles par rapport à la version moderne (notamment par la présence de dés). Les règles actuelles furent fixées au sein de l’empire Perse, encore sous la domination Sassanide environ un demi-siècle avant l’invasion arabe. La seule différence notable était que la reine était appelée le Grand Vizir, mais ceci relève de l’anecdotique et ne change rien aux règles qui étaient déjà les mêmes. Savez-vous d’où vient le terme « échec et mat » ? De l’anglais « chess mat », que les anglais prononcent à la fin d’une partie d’échecs, mais ce même terme vient du persan « Shäh mat », « le roi est sans défense ». Dire qu’un jour quelqu’un s’est amusé à traduire « le roi est sans défense » par « échec et mat »… Un génie de la traduction sans doute !

Avant de finir cette chronique, je tiens à passer une petite annonce auprès de vous, lecteurs habituels des chroniques iraniennes et/ou perses : la fin de l’année approchant à grand pas, cela serait dommage de ne pas finir l’année sur une petite note humoristique. La toute dernière chronique de l’année sera dédiée à une « cérémonie des Persians Awards ». Des catégories seront créées, des nominés seront choisit et le vainqueur de chaque catégorie se verra remettre un nez-rouge persan en trophée. Comme vous vous en doutez, cette « cérémonie » sera avant tout à but purement humoristique et sera l’occasion de ridiculiser les ennemis du monde libre non-soumis à la doxa impérialiste menée par les yankees tout en rigolant un bon coup. Hors, vous vous en doutez, cela se prépare longtemps à l’avance. Si vous souhaitez y participer de quelque manière que ce soit, laissez en commentaire vos idées de catégories à créer si vous le désirez. Une adresse mail sera créée à cette occasion où vous pourrez envoyer toutes vos suggestions (catégories de prix à créer, nominés à ne pas oublier…) toute participation sera acceptée avec joie et je ne manquerai pas de vous en remercier.

Je tiens à remercier mon frère Allain Jules ainsi que la modératrice du site. Afin de conclure définitivement, je voulais souligner une dernière fois afin d’éviter tout quiproquo que rappeler les bienfaits de la civilisation perse n’est pas dénigrant envers la civilisation arabe, au contraire cela vise à rendre à chacune ses lettres de noblesse. Je respecte énormément ces deux civilisations et espère de tout cœur qu’elles sauront s’unir afin de résister aux futures escapades yankees de la région et pourront ensemble renverser les pions saoudiens et qataris de l’empire.

A la semaine prochaine, passez tous une excellente semaine,

Salaam ahlikoum !                                     

Jafar

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