Cameroun-France (justice et police) : Des policiers ripoux au commissariat de Le Mée-sur-Seine ?

Posted on Août 27, 2012 @ 10:39

24


Koko Hubert* est un jeune Camerounais. Casier judiciaire vierge, il est un salarié payant ses impôts. Il était entré en France avec un visa court séjour. Entre circonstances heureuses et impondérables, sa présence en France se prolonge lorsque son visa expire en 2008. Il décide alors de prolonger son séjour en Hexagone, devenant de facto, un sans-papiers. Rapidement, il trouve pourtant un emploi stable, un domicile fixe et décide comme le stipulait la nouvelle circulaire du Gouvernement Sarkozy, de se faire régulariser. Il dépose donc son dossier qui entrait dans les critères demandés et surprise, ce dernier est rejeté. Comme le veut la procédure, il effectue un recours au Tribunal administratif.  Il reçoit ensuite un arrêté de reconduite à la frontière non exécutéSa situation au moment des faits qui vont suivre, est celle d’un sans-papiers, travaillant, déclarant ses revenus, et justifiant d’une adresse fixe.

Le jeudi dernier, 23 août 2012, revenant de son travail de nuit, il constate que son véhicule de marque Renault Twingo, acheté pour un envoi dans son pays d’origine, le Cameroun, est dégradé. En effet, le pare-choc avant avait été décollé et emporté par des inconnus. Le risque encouru était que sa plaque d’immatriculation ne soit utilisé à des fins mafieuses. Il décide donc de faire appel à un ami, pour lui demander quelle démarche effectuer, pour résoudre ce problème épineux. Ce dernier lui conseille de se rendre dès le lendemain matin, au commissariat de sa localité, Le Mée-sur-Seine donc, dans le 7-7,  en Seine-et-Marne, pour faire une déclaration de vol et de dégradation.

Le lendemain, il décide donc de s’y rendre, en compagnie de son ami. Le commissariat étant à proximité de son domicile, il arrive sur place dès 9h10. Après 20 minutes d’attente, le commissariat ouvre enfin à 9h30.  Ils sont reçus par 4 policiers. K. Hubert*  leur fait son récit intégral et leur indique ses peurs, quant à l’utilisation frauduleuse de sa plaque minéralogique. Après avoir écouté et enregistré sa déposition, cette dernière, l’officier de police judiciaire (une dame), lui demande  de ramener son véhicule devant le poste de police pour qu’elle et ses collègues puissent l’examiner et constater les dégâts.

Koko Hubert* s’exécute et va déplacer son véhicule pour l’emmener devant le poste de police. Ensuite, il donne à l’agent, les documents du véhicule ainsi qu’une pièce d’identité, en l’occurrence, son passeport. On lui demande ensuite de bien garer son véhicule. Il s’exécute à nouveau. N’ayant pas fini sa manœuvre, c’est alors que deux policiers s’avancent vers lui et lui demande de sortir du véhicule pour les suivre au poste. Ils lui disent qu’il faut vérifier son identité, et que désormais, par manque d’assurance, son véhicule sera immobilisé. C’est le début du cauchemar et la descente aux enfers du jeune Camerounais. 

Le poste de police de Le Mée-sur-Seine ne pouvant vérifier son identité sur place, il est conduit manu militari au commissariat de Melun. Le rouleau compresseur se met en place: Garde à vue, déposition, procès Verbal et tutti quanti. Il est ensuite transféré  à l’issue de sa garde à vue au centre de rétention administrative du Mesnil Amelot, établissement sous la responsabilité de la Police aux Frontières et qui accueille dans son enceinte, en plus d’un service médical, une association indépendante pour l’aide juridique des retenus (la CIMADE) ainsi que des médiateurs sociaux (l’OFFI). Nous avons essayé de joindre la CIMADE, pour essayer de s’enquérir de la situation de ce jeune homme, en vain…

Samedi 25 août, il passe devant un juge du tribunal administratif, qui confirme sa détention en zone de rétention administrative. Mais, il y a un couac. Le problème, c’est que le procès verbal de son interpellation a été falsifié. En effet, les policiers qui l’ont arrêté disent qu’ils étaient entrain de circuler dans son véhicule lors de son interpellation. Ce qui est un faux grossier, digne d’un complot sordide des années 1940.  Koko Hubert* a été interpellé simplement parce qu’il est venu faire une déposition pour le vol de son pare-choc. La question est donc de savoir si, sous prétexte qu’un individu soit un sans-papiers, n’a-t-il plus aucun droit et ne peut-il plus faire prévaloir ses droits ? Dans quel but, le procès-verbal de son interpellation a t-il été falsifié ? Aujourd’hui, M.  Koko Hubert* est victime d’une interpellation abusive. C’est ainsi que des policiers ripoux, ternissent encore une fois la valeur de cette belle institution qu’est la police. Dans quel but et pourquoi veulent-ils ainsi briser une vie ? Sommes-nous encore dans l’ère Sarkozy du chiffre ?

* Nom et prénom modifiés.

Addendum 16h05 (27-8-2012)Koko Hubert* a refusé d’embarquer pour le Cameroun ce matin.

Addendum 17h55 (29-8-2012) Koko Hubert* a été libéré. La procédure mafieuse annulée.

 

Posted in: Actualité