Côte d’Ivoire : Alassane Dramane Ouattara recense et ment

Posted on Mai 31, 2012 @ 9:49

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TRIBUNE LIBRE DE  SHLOMIT ABEL

« Le recensement des jeunes sans-emploi va débuter »

C’est Philippe Ndri, le directeur général de l’Agence nationale de gestion et de promotion de l’emploi (AGEPE) qui l’a dit le 27 mai, dans une rencontre avec la presse. Le gouvernement est « très préoccupé » par toute cette jeunesse sans travail, et le point de départ pour remédier à cette crise, après un an de pouvoir, c’est de connaître le nombre exact de chômeurs, ou plus exactement de jeunes chômeurs. On reste sans voix devant cette nième trouvaille du camp Ouattara pour gagner du temps.

Alassane OuattaraAprès le « cadre de vie » qu’il nous sert depuis le début de sa prise de pouvoir, et qui s’améliore paraît-il, de semaine en semaine ; après son installation en grande pompe, il y a tout juste un an ; après les opérations de nettoyage de mama Bulldozer, après les lumières magiques de Noël , tous ces « cadres » aux dorures censées masquer la réalité effrayante d’une côte d’Ivoire, pays phare de l’Afrique de l’Ouest, subitement devenue l’ombre d’elle-même, après une année de gestion de ce triste sire, ADO-solution nous livre sa dernière trouvaille : une enquête !.

Il existe bien une agence pour l’emploi, l’AGEPE, mais aucune statistique ne filtre de ses bureaux, et les quelques formations de bouchers et d’officiers qui nous sont annoncées ça et là dans les médias, sont bien loin des deux-cent mille (200 000 !) emplois promis chaque année, sur 5 ans.

Alors que les chômeurs y sont légions, la Côte d’Ivoire se transforme en une nouvelle annexe du Burkina Faso. Il y a un peu plus d’un an, Blaise Campaoré avait envoyé ses droits communs pour servir de renfort à l’armée de rebelles et de prisonniers recrutés dans les geôles ivoiriennes. Aujourd’hui, depuis plusieurs mois, les citoyens ivoiriens impuissants assistent à des arrivages journaliers de bus qui déversent par centaines des clandestins Burkinabés dans l’Ouest du pays, lancés à la conquête des plantations de café cacao et se livrant à l’abattage sauvage de milliers d’hectares de forêt domaniale classée pour en augmenter la surface, et cela sans passer ni par le ministère de l’immigration, ni par celui du travail, ni par l’agence de l’Emploi. Non, ces populations étrangères, encadrées par les FRCI et cautionnées par les autorités locales acquises à la tyrannie en place, chassent les autochtones et se lancent dans l’agriculture et la déforestation, sans aucune règle de conduite, sans aucun respect de la propriété, avec la bénédiction du Burkinabé Dramane qui « préside » aux destinées de la Côte d’ Ivoire. Celui-ci, dans sa générosité légendaire pour les non-Ivoiriens, a même offert à son pays d’origine de régler ses notes d’électricité. Il continue de couvrir le nord d’où est issue la rébellion, en l’exonérant encore du règlement de plus de 10 ans de factures d’électricité, alors que tout le reste du pays, déjà très appauvri, s’est vu imposer une hausse de 15 pour cent !

Et voila que le gouvernement Ouattara, qui se sait détesté de beaucoup d’ivoiriens, se lance dans les sondages à l’occidentale pour recenser les étudiants et les jeunes sans emploi. Encore une manœuvre qui va lui permettre de ne pas parler du chômage, de la violence de ses armées et de leur jeu favori, le racket ; des nombreux malades qui se meurent faute de soins, des médicaments inexistants, et surtout des pluies d’argent qui ne tomberont plus. Dans les sphères du pouvoir, on a trouvé un nouveau moyen de parler aux Occidentaux sans parler aux Ivoiriens, en utilisant les méthodes de l’Hexagone, et après cogitation, le lapin qu’on nous sert, directement sorti du chapeau du magicien Ouattara, c’est une enquête destinée à permettre le recensement des jeunes sans emploi… Enquête imminente, c’est pour  bientôt, quelques semaines, le temps de former les enquêteurs, de trouver le financement des statisticiens qui travailleront les données. Mais pendant ce temps, mis à part un petit coup de badigeon sur des murs qui cachent un grand vide, la réhabilitation des universités est au point mort, et la rentrée prochaine est toujours compromise.

A partir des données existantes   ̶  limogeage-rattrapage dans l’administration et la fonction publique, entreprises dévastées, fournisseurs d’état non payés et qui ont dû mettre la clé sous la porte, planteurs expropriés, soldats loyalistes pourchassés, petits commerçants étranglés par le vandalisme puis le racket ̶   , il serait si facile de brosser les contours de ce chômage endémique. Et bien sûr, les universités étant totalement hors d’usage, il suffirait de dénombrer étudiants et professeurs, personnel de service et de maintenance, tous depuis un an sans travail.

Alors qu’il n’y a pas eu déclaration de guerre, les armées d’interposition  ̶  ONUCI et Licorne ̶   ont bombardé hôpitaux, supermarchés, usines, universités … On se demande ce que ces destructions ont à voir avec le siège du  palais présidentiel, et le kidnapping d’un président arbitrairement déclaré « illégitime » par une ONUCI et une Licorne soi-disant « neutres », aux ordres des instigateurs de cette ingérence insupportable dans les affaires internes de la Côte d’ivoire, simplement parce que le président Gbagbo voulait permettre aux Ivoiriens de mieux vivre et de jouir enfin des ressources de leur pays; mais voilà, pour humilier la Côte d’Ivoire et l’empêcher de se relever, il fallait non seulement  lui voler son Président, mais aussi la ruiner : elle pourrait ainsi mieux être dépecée et partagée entre les requins de la finance, du pétrole et de la reconstruction, grâce au pantin terne et sans envergure, imposé par la communauté internationale  ! N’a-t-on pas importé en Côte d’Ivoire, et à prix d’or, de vieux bus qui en France étaient bon pour le rebut, afin de remplacer ceux qui avaient été détruits dans le bombardement des dépôts, et dont plus aucun ne sortirait de la Sotra, fleuron de l’industrie ivoirienne, bombardée, elle aussi ? Dès le 30 avril, narguant les ruines encore fumantes, Ouattara passera commande de ses bus  en France !

« Le recensement des jeunes sans-emploi va débuter »

Cette annonce est affligeante. L’AGEPE, ne fonctionne-t-elle pas comme un organisme chargé de comptabiliser et d’aider les chômeurs ? Ce bureau aurait-il été lui aussi ravagé par les bombardements et les pillages ? Et sa direction, que fait-elle, comment rend-elle compte de sa charge aux ministères de tutelle ?

Sans doute ce sondage commandé est-il  une fois de plus une arnaque française. Ne vient-on pas de lire que Nicolas Sarkozy a dépensé des milliards d’Euros du contribuable pour commander des enquêtes d’opinion ? Assurément, Mr Hollande sera moins gourmand en ce début de mandat, et on peut imaginer que ces instituts de sondage, en quête de nouveaux marchés, se sont proposés à Mr Ouattara, lui qui ne jure que par les « spécialistes » français ! Nicolas Sarkozy étant jusqu’à la fin resté confiant dans ses chances de gagner les élections, nous pouvons croire que ces spécialistes aideront Ouattara à poser les bonnes questions, pour que les réponses soient les bonnes, celles attendues finalement du gouvernement : que les chômeurs sont  beaucoup moins nombreux qu’on ne le dit,  et qu’ils doivent bien sûr prendre leur mal en patience…

 Alors que ces instituts de sondage travaillent rapidement   ̶  exemple des sondages en France entre les deux tours, pour connaître les tendances  ̶, ne dit-on pas à Abidjan que l’enquête durera au moins un mois et que les résultats ne seront connus qu’au dernier trimestre ? Après la rentrée des classes, après une rentrée universitaire improbable, parce que justement suspendue à la connaissance des résultats de cette fameuse enquête !

Onze mille foyers seront visités par 172 enquêteurs. Cette précision dans l’annonce, qui pourrait rassurer les ivoiriens devant le sérieux et l’ampleur de l’entreprise, inquiète  plus qu’elle ne rassure. Où sont ces foyers ? Ira-t-on sonder les réfugiés au Ghana et dans la grande diaspora des parias de ce gouvernement ? Comment retrouver la trace de tous ceux qui ont perdu leur maison et leurs terres au profit de ces Bernard-l’hermite sans foi ni loi qui se sont installés chez eux ? Ces « nouveaux ivoiriens » amenés par convois entiers du Burkina et même du Mali, seront-ils auditionnés ? Il va sans dire que les statistiques seront revues à la baisse si on les inclut dans l’enquête, eux, les vaillants travailleurs de la « Nouvelle Côte d’Ivoire ». 

Et une fois ces renseignements récoltés, si le chiffre fatidique de 4 millions de jeunes diplômés sans emploi est avéré, sans compter tous les bacheliers de l’an dernier et de cette année, et tous les jeunes aux études interrompues, faute d’universités et de professeurs – en exil  ̶   pour les recevoir, même abstraction faite des 5 800 étudiants au parcourt « trop long » pour Mr Ouattara et radiés sur son ordre de l’Université,   ̶  alors que leur cursus a été plusieurs fois interrompu par sa guerre à lui et par l’absence de ressources qui en a découlé  ̶  , que nous apprendra cette étude ? Et les autres jeunes, qui n’ont aucune formation au départ et qui cherchent aussi désespérément du travail, que va leur apporter l’enquête ?

Ce que les étudiants aimeraient savoir, c’est quand les études reprendront. A la rentée prochaine nous assure-t-on, mais le rythme de la réhabilitation des universités détruites semble indiquer le contraire. Alors, à quoi sert cette enquête ?

Comme toujours, c’est une opération d’enfumage : du vent, rien que du vent, beaucoup d’argent dépensé, plus précisément encore une dette supplémentaire à mettre sur le dos des Ivoiriens, de leurs enfants et petits-enfants, qui auront encore un peu moins de chance de décrocher un travail ou une bourse d’étude !

En fait, la leçon à retenir, c’est celle des 172 emplois à prendre, réservés à des contractuels qui seront payés  ̶  ou non ̶   pour un mois d’enquête. Et avec les habitudes du gouvernement, que nous commençons à connaître,  gageons qu’il y a du ‘’rattrapage’’ en l’air, et que les jeunes, se méfiant de ce que cache cette enquête, préféreront ne pas laisser leurs nom et adresse, de peur qu’on ne vienne les cueillir comme des fruits mûrs en leur collant une étiquette de « pro-Gbagbo » fomentant un coup d’état, ou de proches de Charles Blé Goudé, qui reste encore et toujours l’Ivoirien le plus recherché de la « Justice »  ouattarienne. Pour cette simple raison, qu’Ado se rassure : l’immense majorité des chômeurs recensés seront ses partisans, et ceux-là, foi de Parrain, il aura tôt fait de les rattraper !

Shlomit Abel

 

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